La Bête du Gévaudan - Conclusion provisoire ...

Les balbutiements du Royaume

Dès le départ les autorités locales n’ont pas mesuré l’ampleur du sinistre, elles ont sous-estimé la dimension du défi à relever. Elles ont trop fait confiance aux ordres venus d’en haut, parfois incohérents ou trop distants .
Il est vrai que la maréchaussée était peu présente dans cette région isolée et sous-peuplée.
Il n’y eut aucune enquête diligentée, aucun portrait de la Bête dressé officiellement, ni brigade détachée spécialement à cette affaire.

Des primes trop alléchantes ?

La somme offerte à qui tuera la Bête, est colossale pour l’époque : elle correspondait à la prime versée pour la destruction de 1 500 loups, ou encore à 15 ans de salaire pour un fonctionnaire. Aujourd’hui elle représenterait 100 000 de nos euros.
Elles est peut-être à l’origine des cafouillages ; chacun voulant se réserver la mort de la Bête, quitte à empêcher les autres de la tuer, en donnant de fausses informations, en perturbant leurs plans.

L'imposture d'Antoine

Le 21 septembre 1765 il tue un gros loup (56 kg), qu’il fait passer pour la Bête. Il appelle les rescapés à témoigner ; certains sous l’émotion acquiescent que peut-être ?...
Antoine rentrera à Versailles, et pour le Roi l’affaire sera clause, malgré la reprise des attaques,... après la quarantaine requise !
Antoine aussi avait sans doute été attiré par la prime et le prestige.

La Bête, sans aucun doute un complot

L’organisation minutieuse de ces meurtres, lorsqu’on l’analyse en détail, n’a rien d’aléatoire, elle est organisée en des lieux et des moments choisis, souvent à l’opposé des chasses.
La mise en scène, parfois macabre, démontre qu’un homme (ou des hommes), supervise cette tuerie programmée.
La duperie d’Antoine, révèle elle aussi cette présomption de complot ; la disparition réelle de la Bête, elle-même, traduit cette notion de pacte.

Pourquoi la Bête n'était pas un loup ?

Tous les chasseurs de loups échouèrent, ce qui démontre déjà que la Bête n’en était pas un. Les comportements sont étrangers au loup ; aucun fait semblable ne s’est produit ailleurs.
Le rapport Marin est explicite, il disculpe le loup. Il ne peut s’agir d’un loup, animal commun à l’époque. Les témoins et les victimes rescapées l’auraient reconnu ; il faut croire au pragmatisme des paysans.
Et puis si les attaques avaient été perpétrées par des loups, comme l’affirment certains, elles auraient continué après la mort de celui de la Ténazeyre.
Car même si plusieurs dizaines de loups furent tués au cours des chasses organisées il en restait encore des centaines en Gévaudan (on comptait alors 20 000 loups en France), soit 4 000 à 5 000 meutes.

La Bête, une association homme / animal

S’attaquer à un homme est toujours un acte risqué pour un grand prédateur qui préférera s’abstenir de manger, ou recherchera une proie animale, plus habituelle.
Guidé par son instinct, un animal sauvage « sait » qu’une blessure peut lui être fatale ; il ne pourra plus chasser et se nourrir, il peut s’ensuivre une infection mortelle.
Pour cette raison au moins, nous sommes persuadés que la Bête n’était pas un animal strictement sauvage ; mais il est facile d’en énumérer d’autres...

Pourquoi la Bête ne revenait pas consommer les victimes qu'elle avait mises à mort ?

D’habitude les animaux sauvages, reviennent manger leurs proies jusqu’à épuisement.
Cette attitude démontre que la Bête est un animal qui n’a pas faim, donc pas un animal sauvage.
La Bête est un animal qui tue avant tout par jeu, non par nécessité.

Pourquoi toutes les victimes furent-elles tuées de jour, et parfois à découvert ?

Un animal comme le loup chasse surtout la nuit, il n’attaquera le jour que par temps de brouillard, et en ne s’éloignant pas des zones de repli où il peut se cacher rapidement.
Et puis un loup n’a pas autant d’audace, il est bien plus méfiant et il craint l’homme depuis la nuit des temps.

Pourquoi aussi il y eut de lognues périodes sans attaque ?

Par exemple : du 17 septembre au 2 décembre 1765 (soit 43 jours), et du 1er novembre 1766 au 2 mars 1767 (soit 120 jours), il n’y eût aucune attaque.
Les prédateurs sauvages faisaient-ils alors un régime minceur ou la grève de la faim ? Cela démontre aussi qu'il ne s'agissait pas d'un animal affamé.

Pourquoi la Bête retourne toujours se réfugier sur le versant nord-est du Mont Mouchet ?

Cela ne prouve t-il pas que la Bête n’est pas un animal strictement sauvage ?
Car ce dernier pourrait lui se délocaliser après ces multiples dérangements pour aller s’installer ailleurs, en un lieu plus calme, plus sur.

Pourquoi, une fois revenue sur ses bases, dans la forêt de Ténazeyre, la Bête n'a-t'elle jamais pu être débuquée par les chiens de trace ?

Cela atteste que la Bête est alors « enlevée » ou remisée en lieu sûr, et que les pistes étaient brouillées pour tromper le flair des limiers lancés à sa poursuite, mais aussi la vigilance des hommes.
Un animal strictement sauvage aurait forcément été débusqué au cours de l’une de ces nombreuses battues bruyantes.

Attaques de la Bête par mois et année

Pourquoi le marquis d'Apcher a-t'il réussi ?

' La chasse réussie ' du marquis d’Apcher, telle qu’elle nous est présentée, ne tend-elle pas à accréditer, elle aussi, que ce dernier (ou ses hommes), connaissait le point de gîte de la Bête ? Vu le relief extrêmement escarpé, un nombre si faible de chasseurs n’aurait pu cerner efficacement la forêt de la Ténazeyre (ou tout autre forêt).
Si cette battue fut « fructueuse » c’est bien parce que les chasseurs avaient des informations utiles sur la localisation de la Bête, des certitudes même.
En fait la fin réelle de la Bête est un peu plus compliquée ; mais ceci est une autre partie de l’histoire non développée ici car trop longue!

En conséquence, il nous parait évident que la Bête n'était pas un animal sauvage;
trop d'éléments démontrent le contraire.


 
 
 


 
 
 
 
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